Un des plus grands défis dans l’atténuation des changements climatiques est le transport. C'est dans ce secteur que chaque citoyen canadien peut avoir le plus grand impact, en observant comment il se transporte et en adoptant des modes de transport plus durables qui s’adaptent à ses besoins.

Cependant, il y a des limites à ce que chaque Canadien peut faire : il est limité par le choix des véhicules en vente – nous avons besoin de normes plus strictes; il est limité par les alternatives qui lui sont offertes – nous avons besoin de transports en commun et d’une planification urbaine plus efficaces; il est limité par l’existence de programmes de construction de logements abordables et viables situés à proximité des transports en commun. Les gouvernements ont un rôle à jouer pour aider les Canadiens à faire des choix durables.

Par conséquent, les citoyens canadiens devraient sérieusement considérer les politiques de lutte aux changements climatiques des divers partis politiques pendant qu'ils se préparent à voter pour la prochaine élection fédérale, mais également pour les élections provinciales et municipales. La mobilisation des électeurs canadiens est essentielle pour donner du courage aux politiciens et pour réclamer des réponses politiques significatives et à plus grande échelle aux changements climatiques.

Nous avons identifié 10 orientations politiques clés qui pourraient permettre au Canada d’effectuer rapidement une transition vers une économie à faible teneur en carbone et un certain nombre d'actions qui pourraient être immédiatement mises en application. Deux actions se démarquent: (i) il faut établir un prix sur le carbone maintenant et dans tout le Canada. Il n’est pas très différent de la taxe sur les cigarettes. Le nettoyage de la pollution du carbone, comme les États-Unis l'appelle maintenant, doit être payé par ceux qui la causent. La deuxième action est (ii) d’assurer des connexions électriques entre les provinces qui produisent de l'hydroélectricité et ceux qui n’en produisent pas. De telles interconnexions permettraient au Canada d'avoir une électricité 100% sans carbone et pourraient devenir le pilier de notre transition vers une société sobre en carbone.

Parallèlement, il est essentiel que le gouvernement aide en soutenant les normes les plus strictes en matière d’utilisation de l'énergie et un urbanisme approprié qui offriront au citoyen une haute qualité de vie avec une production minimale de gaz à effet de serre.

Nous proposons que le «problème» des changements climatiques devrait être perçu comme une «occasion de changement» qui améliorera le bien-être de tous les Canadiens. Pour nous, la durabilité nécessite une vision de l'avenir qui améliore le bien-être social et environnemental. Dans ce contexte, les politiques de lutte aux changements climatiques devraient favoriser une transition semblable à la transition qui s'est produite durant l'industrialisation.

Il est donc important que les Canadiens se demandent quel avenir ils veulent. L’atténuation des changements climatiques est une occasion de faire bouger collectivement le Canada dans la direction de ce futur désiré.

Il y a des exemples de pays qui sont parvenus à effectuer cette transition avec succès avec cette méthode. Être proactif est beaucoup moins coûteux qu’être réactif.

Trois points ici.
Tout d'abord, ne rien faire sera coûteux. Plusieurs études ont montré que le coût d'adaptation aux changements climatiques augmentera si aucune mesure d'atténuation n'est adoptée. Cela signifie que l’atténuation des changements climatiques pourrait engendrer des «coûts nets nuls» si nous agissons rapidement.

En second lieu, la transition vers une société sobre en carbone peut être employée comme manière de propulser l'économie canadienne dans l'avenir, pour la rendre plus concurrentielle et plus durable. Naturellement, ceci signifie que quelques secteurs économiques se rétréciront tandis que d'autres prendront de l’expansion. C’est exactement ce que Schumpeter a nommé destruction créative, soit le processus de mutation industrielle qui révolutionne constamment la structure économique de l’intérieur, détruisant constamment l’ancienne structure en créant constamment une nouvelle. Dans l’ensemble cependant, les gains économiques, environnementaux et sociaux dépasseront les pertes. Les secteurs qui bénéficieront vraisemblablement plus de la transition sont ceux qui essayent de s'ajuster de manière proactive. C'est pourquoi il est important de changer les choses maintenant et de ne pas attendre que ce changement nous soit imposé de l'extérieur. Tout comme les entreprises, les gouvernements ayant ces enjeux au centre de leurs préoccupations sont les plus susceptibles de réussir.

Finalement, le Canada remplace actuellement une grande partie des infrastructures que nous avons construites durant les années 1960 et les années 1970. L'incorporation des stratégies d’atténuation des changements climatiques dans ces infrastructures sera beaucoup moins coûteuse que de corriger les erreurs dans 10 ou 15 ans. Une analogie intéressante est l’État de la Californie qui veille à ce que son infrastructure (bâtiments,ponts) soit préparée à résister aux tremblements de terre. Elle ne sait pas quand ils se produiront, mais elle investit maintenant; l'État n’attend pas de voir pour agir. Unedes stratégies d’atténuation efficaces les moins couteuses implique d'incorporer l’atténuation des changements climatiques à la conceptionetà la réparation des infrastructures existantes et nouvelles. De cette façon, le coût de l’atténuation est incorporé dans les budgets actuels alloués aux infrastructures.